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  • LudiSonhar

Préface DreamStreet


- Comment ? Tu peux me le dire, comment j’en suis arrivé là ?

- Monsieur, calmez-vous s’il vous plaît, écoutez…

- Imagine-toi, si l’on te donnait cette chance, si tu pouvais écrire ta propre vie et que tu gâchais tout. Tu serais aussi paumé que moi en ce moment, complètement rongé par la colère.

- Je sais, je comprends ce que vous essayez de me dire, mais…

- Non, tu ne peux pas comprendre, personne ne le peut. J’ai tout raté ! Je me suis pris pour Dieu. J’avais le pouvoir de la vie entre mes mains. Je suis pitoyable. Si tu savais à quel point j’ai merdé. J’ai été en dessous de tout. Je n’ai pas mérité la chance qui m’a été offerte.

- Reprenez-vous, d’accord ? Vous comptez réellement animer la conférence dans cet état ?

- Mais qu’est-ce qu’on en a à foutre de la conférence, tu peux me le dire ? Tu ne vois donc pas que tout ça, tout ce qui nous entoure n’existe pas ? Peux-tu seulement concevoir que c’est moi qui ai créé toutes ces choses ? Je peux faire ce que je veux de toi, d’eux. Vous n’êtes que des jouets pour moi. Je suis un gosse perdu dans un magasin de poupées. Je n’éprouve rien pour vous, vous êtes mes esclaves, vous ressentez ce que je vous dis de ressentir, vous aimez ce que je vous oblige à aimer, vous baisez quand je vous l’autorise. J’ai la main du jugement posé sur vos têtes, tu entends ça ? Je peux te faire mourir tout de suite, maintenant, et un putain de gros trait rouge s’abattrait alors sur ta page !

- Vous êtes devenu fou, essayez de vous calmer. Vous vous rendez compte de ce que vous dites ? Respirez doucement.

- Mais c’est toi qui ne te rends compte de rien ! J’essaye de t’expliquer que tu n’es pas maître de ta vie, que je me suis servi de toi, de vous tous. Vous êtes mes pantins, je vous manipule depuis le commencement. Je suis le metteur en scène d’un spectacle de marionnettes. Je me sers de vous pour divertir l’enfant que je suis. Le seul ici à être vraiment conscient de tout ce bordel, c’est moi.

- Arrêtez ça maintenant, vous entendez ?

- Arrêter quoi ? Je vais jeter ce livre de merde au feu, ok ? J’ai fait n’importe quoi, je devais choisir ma vie, être mon seul jugement. Résultat, j’ai construit un monde d’imperfection, de violence et de désolation. Je me suis enfui du réel pour trouver dans l’imaginaire un monde serein et heureux. Regarde l’aboutissement de mes actes. J’ai recréé ce que je connaissais et haïssais déjà...


Sur ces mots, Steven poussa violemment son majordome contre le mur. Ce dernier se fracassa la tête et perdit connaissance. Il saisit le livre de sa vie et entra dans la salle de conférence. Les conseillers étaient assis autour d’une table et attendaient la bonne parole que prodiguerait bientôt leur guide. Ce dernier n’en fit rien. Il se dirigea vers la grande cheminée où le feu crépitait et dansait. Les flammes vertes et violettes virevoltaient, une odeur de bois chaud s’était répandue dans la pièce et l’humeur de chacun était à l’apaisement. Sauf pour Steven. Ses compères le regardaient se mouvoir frénétiquement dans la pièce. Puis, d’un pas assuré, il se planta devant la cheminée.


- Mes chers petits joujoux aujourd’hui est un jour spécial et unique. Je me suis servi de vous pour combler mes intérêts pervers et narcissiques. Je vous ai malmené, et tout ceci sans que vous n’en sachiez rien. Je voulais faire de ma vie un paradis où vous tous me deviez le respect et la fidélité. J’ai été votre maître, votre souverain. Vous vivez dans le déni depuis le début, mais maintenant, c’en est trop.

Un des conseillers, interpellé par l’étrange comportement de Steven, lui coupa la parole.

- Mais qu’est-ce que tu racontes ? Tu es le dirigeant de cette ville. Et où est Christian ?

Steven fit semblant de ne rien avoir entendu. Il balaya les questions qu’on venait de lui poser d’un revers de la main. Il continua alors son discours sans prendre la peine de considérer l’air surpris de ses obligés.

- Aujourd’hui, je vous rends votre liberté. Puissiez-vous trouver la paix dans un monde meilleur. Moi je n’ai été heureux ni dans celui-là ni dans la réalité.


Steven observa une dernière fois les flammes irréelles qui dansaient. Combien de fois les avait-il contemplées avec fascination ? Sans hésiter, il se jeta tout entier dans le feu, entraînant le livre qu’il tenait avec lui. Il laissa le braisier entêtant consumer sa chair. Il se sentait vivant. Dans un ultime besoin de repenti, il énonça à haute voix « Pardonnez-moi »


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